Prise de position sur la consommation d’alcool
Dernière mise à jour : mars 2026
Position de la Société médicale du Nouveau-Brunswick
Il n’existe aucune quantité d’alcool qui soit sécuritaire, et toute réduction de la consommation est bénéfique. Il n’y a pas non plus de quantité ou de type d’alcool ni de moment de la consommation qui soient reconnus sans risque pendant la grossesse; l’exposition à l’alcool à n’importe quel stade de celle-ci, y compris au tout début, avant même que la femme sache qu’elle est enceinte, peut être nocive.
Recommandation
La Société médicale du Nouveau-Brunswick (SMNB) recommande de plaider en faveur d’un renforcement des politiques visant à réduire la consommation d’alcool des Néo-Brunswickois. Il est important de sensibiliser ceux-ci aux risques pour la santé de la consommation d’alcool, y compris pendant la grossesse (notamment par la prévention du trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale, ou TSAF).
La SMNB recommande plus précisément de sensibiliser davantage les Néo-Brunswickois au risque de cancer lié à la consommation d’alcool. La mise en œuvre d’une stratégie provinciale en matière d’alcool et l’obligation de diffuser des messages sur la santé et la sécurité dans tous les points de vente d’alcool contribueraient à cet objectif.
Contexte
Effets de l’alcool
La Société canadienne du cancer souligne que « le Centre international de recherche sur le cancer classe l’alcool parmi les agents carcinogènes (substances qui causent le cancer) du groupe 1 [et il s’agirait d’une des trois principales causes de décès par cancer dans le monde].
Boire tout type d’alcool – bière, vin ou spiritueux – fait augmenter votre risque d’au moins neuf types différents de cancer (bouche, colorectal, estomac, foie, larynx, œsophage, pancréas, pharynx et sein).
Les données probantes montrent qu’une consommation régulière d’alcool au fil du temps, même en faible quantité, fait augmenter le risque de développer un cancer associé à l’alcool[1]. »
L’alcool est également une substance tératogène connue, ce qui signifie qu’il peut nuire au développement du fœtus. La consommation d’alcool pendant la grossesse peut entraîner un trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) – trouble neurodéveloppemental permanent causé par une exposition prénatale à l’alcool[2].
Campagnes de la SMNB
En janvier 2023, le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS) a publié les nouveaux Repères canadiens sur l’alcool et la santé, qui succéderaient aux Directives de consommation d’alcool à faible risque du Canada de 2011. En réponse à ces changements, la SMNB a lancé Boire consciemment, vivre plus sainement, une campagne de sensibilisation modernisée qui met en évidence les risques pour la santé associés à la consommation d’alcool[3].
En août 2023, la SMNB a lancé une campagne de sensibilisation de plus vaste portée (Le choix vous revient. Connaissez les risques.) qui met en garde les Néo-Brunswickois contre les risques pour la santé liés à la consommation d’alcool.
Pour la SMNB, quelle que soit la quantité consommée, l’alcool n’est jamais sans danger. Toute réduction de la consommation est donc bénéfique. Il faut prendre le temps de comprendre les complexités de la consommation d’alcool et ses effets néfastes potentiels sur le corps humain.
Hyperlien : lechoixvousrevient.ca
Consommation par habitant et coûts de l’alcool (2020/2021)[4]
| Province | Consommation d’alcool par habitant (verres standard) | Revenus tirés de l’alcool | Coûts des méfaits de l’alcool | Déficit net attribuable à l’alcool | Perte par verre standard vendu |
| N.-B. | 452 | 319 M$ | 411 M$ | -92 M$ | 0,30 $ |
| N.-É. | 481 | 432 M$ | 652 M$ | -219 M$ | 0,54 $ |
| Î.-P.-É. | 475 | 70 M$ | 131 M$ | -61 M$ | 0,96 $ |
| T.-N.-L. | 540 | 296 M$ | 351 M$ | -54 M$ | 0,22 $ |
| Canada | 487 | 13,5 G$ | 19,7 G$ | -6,2 G$ | S.O. |
Analyse
La consommation d’alcool par habitant au Nouveau-Brunswick est inférieure à la moyenne canadienne. Par rapport à ses voisins, le Nouveau-Brunswick fait également bonne figure. Il présente la plus faible consommation d’alcool par habitant de la région de l’Atlantique, et le deuxième plus faible « déficit net attribuable à l’alcool » (perte) par verre standard vendu. Ce déficit est calculé en examinant les coûts sociaux mesurables de la consommation d’alcool dans la province. En 2020-2021, 33 914 visites aux urgences et à l’hôpital liées à l’alcool ont été enregistrées, ainsi que 407 décès attribués à la consommation d’alcool[5]. Ces résultats peuvent être améliorés; la consommation d’alcool entraîne encore d’énormes préjudices sociaux, qui peuvent être réduits.
Le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS) a établi des lignes directrices pour une consommation d’alcool moins préjudiciable. Il a défini le profil de risque suivant : risque « faible » pour ceux qui consomment 2 verres standard ou moins par semaine, « modéré » pour ceux qui consomment entre 3 et 6 verres standard par semaine, et « croissant » pour ceux qui consomment plus de 6 verres standard par semaine, augmentant alors avec chaque verre supplémentaire. Le Centre précise que, pour des raisons de santé, les gens ne devraient pas commencer à consommer de l’alcool ou augmenter leur consommation d’alcool. Toute réduction de la consommation d’alcool est bénéfique.
Solutions
Le gouvernement dispose de plusieurs leviers politiques. Par des stratégies législatives et réglementaires, il pourrait :
- fixer des niveaux de prix minimaux;
- hausser la taxation;
- appliquer des mesures de contrôle en matière de marketing et de publicité;
- promouvoir de meilleures campagnes de santé et de sécurité;
- restreindre la disponibilité;
- revoir l’âge minimum;
- mettre en œuvre une stratégie en matière d’alcool;
- améliorer les options de dépistage et de traitement;
- assurer une surveillance et la production de rapports.
Autres considérations
Les revenus fiscaux du gouvernement du Nouveau-Brunswick ont toujours été largement tributaires de la vente d’alcool par l’entremise d’Alcool NB Liquor (ANBL), une société de la Couronne. Ce type d’entités publiques peut placer le gouvernement dans une situation de conflit d’intérêts, car il dépend fortement de leur rentabilité, et peut facilement en manipuler la rentabilité nette (résultat net) grâce à leur monopole de marché. Toutefois, les liens étroits qu’entretient le gouvernement avec ces sociétés d’État signifient aussi qu’il pourrait, s’il le souhaitait, activer rapidement n’importe lequel des leviers politiques susmentionnés.
Les économistes de la santé ont déterminé que la demande d’alcool est « inélastique », c’est-à-dire qu’elle réagit lentement aux augmentations de prix, du fait de l’absence d’un substitut direct à l’alcool. Il s’agit toutefois d’un paradoxe, car la recherche a également montré que sur le long terme, les taxes s’avèrent efficaces pour réduire la consommation d’alcool. L’élasticité des prix varie selon les produits : par exemple, la demande en bière et en vin réagit différemment (moins) aux augmentations de prix que celle à l’égard des spiritueux (plus grande élasticité). De même, on peut s’attendre à ce que l’augmentation du prix de l’alcool par l’entremise d’une augmentation des taxes entraîne une augmentation des revenus fiscaux, les taxes sur l’alcool étant considérées comme « efficaces »[6].
Législation pertinente
Loi sur la réglementation des alcools du Nouveau-Brunswick
Règlement du Nouveau-Brunswick 90-10 pris en vertu de la Loi sur la réglementation des alcools (Publicité des boissons alcooliques)
Historique
Présenté au comité des questions économiques le 22 octobre et le 25 novembre 2025
Présenté au conseil d’administration de la SMNB le 5 décembre 2025
Soumis aux commentaires des membres de la NBMS du 12 janvier au 9 février 2026
Approuvé par le Conseil d’administration de la NBMS le 27 mars 2026
[1] Société canadienne du cancer. Alcool et cancer. Société canadienne du cancer. Accessible au : https://www.cancer.ca.
[2] Popova S, et D. Dozet. « Epidemiology of prenatal alcohol exposure. » Dans : Abdul-Rahman OA, Petrenko CLM, éditeurs. Fetal alcohol spectrum disorders: A multidisciplinary approach. Cham (CH) : Springer International Publishing; 2023. p. 1-20.
[3] Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS). Repères canadiens sur l’alcool et la santé. Ottawa (Ont.) : CCSA; 2023. Accessible au : https://www.ccsa.ca/fr/conseils-outils-et-ressources/consommation-de-substances-et-dependance/alcool/reperes-canadiens-sur.
[4] Canadian Institute for Substance Use Research. Canadian Alcohol Policy Evaluation (CAPE) Project, version 3.0: Policy domain results summary. Victoria (C.-B.) : Université de Victoria; 2023. Accessible au : Policy Domain Results Summary (uvic.ca).
[5] Canadian Institute for Substance Use Research. Canadian Alcohol Policy Evaluation (CAPE) Project, version 3.0: Policy domain results summary. Victoria (C.-B.) : Université de Victoria; 2023. Accessible au : Policy Domain Results Summary (uvic.ca).
[6] Stockwell T, Zhao J, Sherk A, et coll. « Assessing the effectiveness of alcohol taxation and pricing policies in reducing alcohol‑attributable harms », Economic Analysis and Policy, vol. 75 (2022), p. 45–55. doi:10.1016/S0313‑5926(22)00145‑X.
Personne-ressource
Jamie Yeamans, spécialiste des politiques et des questions économiques en santé, Société médicale du Nouveau-Brunswick : jyeamans@nbms.nb.ca